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LE BABY-BLUES
Tout enfant doit être adopté par ses parents.
L'accouchement est un moment crucial, une rupture radicale, un saut
dans l'inconnu.
Elle se sentait pleine, l'enfant fonctionnait comme un objet imaginaire
venu combler un très ancien désir, il était constitué par ses
représentations à elle. L'enfant apparaît maintenant réel, comme un
inconnu, un " étranger à demeure ".
Qui est cet inconnu ? Qui est cette nouvelle femme qu'elle est devenue?
La privation d'une partie de ce qu'elle vivait comme son propre corps
réveille la perte ancienne de sa mère, réveille toutes les formes de
séparation et de renoncement qu'elle a vécues.
Quelque chose la dépasse, se cristallisant sur la peur d'être
meurtrière. Elle pense que la mort peut s'abattre sur son enfant à
tout moment, qu'elle pourrait le laisser tomber, le perdre, l'oublier.
Elle n'ose pas en parler, on la prendrait pour une folle. Elle pleure
sans savoir pourquoi. Elle ne se sent pas capable de s'occuper de son
enfant. Elle a envie d'éloigner son enfant d'elle, de se retirer dans
son lit. C'est le "Baby-Blues" lui dit-on.
Winnicott dit qu'une femme doit être en bonne santé pour à la fois
atteindre cet état et pour s'en guérir. C'est donc un passage
nécessaire, important.
Le "Baby-Blues" n'est pas pathologique. C'est un moment de
dépression nécessaire pour qu'une relation symbolique puisse advenir
entre la mère et son enfant. A ne pas confondre avec des dépressions
plus marquées ou des états mélancoliques graves de la mère.
Je suppose que dans ce moment où elle a du mal à symboliser la
relation avec son enfant, elle agit avec son corps une séparation, une
coupure, pour que la présence de l'enfant soit constituée comme telle,
détachée de la présence réelle.
C'est comme si la mère devait taire elle-même l'opération de "
coupure " à ce moment là pour pouvoir se représenter son enfant,
pour l'envelopper à nouveau d'imaginaire, pour reconnaître dans son
enfant un être humain qu'elle va adopter. Tout enfant doit être
adopté par ses parents.
A ce moment précis de l'accueil d'un nouveau né, il est important que
surgisse la dimension de l'hospitalité.
Certaines cultures ritualisent comment, après la mise au monde de
l'enfant, il faut à la société un temps de fabrication culturelle de
l'enfant.
En Chine il est une phrase rituelle que la parturiente dit à son
enfant:
"Je salue en vous, ô mon enfant, au nom de mes ancêtres, les
ancêtres de votre noble père".
Ce réel neuf pour elle va être inséré par sa généalogie, par son
rapport au ancêtres. Elle s'inscrit alors dans la série des mères.
Quand l'enfant naît, la mère a besoin d'un tiers vers qui se tourner,
un autre accrédité par elle qui s'adresse à elle et à l'enfant.
Elle a besoin à ce moment là d'un homme qui la désire comme femme et
qui lui permette de marquer un écart entre le féminin et le maternel.
Faire l'hypothèse d'un sujet pour son enfant, pouvoir lui
reconnaître une place, dépendra de celle qu'on lui aura laissé à
elle-même, dépendra de ce qui se joue pour elle au moment de la
conception et de l'accouchement de cet enfant là, dépendra de la
médiation que son désir aura rencontré. |
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